PALÉOLITHIQUE


PALÉOLITHIQUE
PALÉOLITHIQUE

Le Paléolithique («la pierre ancienne») est la période au cours de laquelle l’espèce humaine s’est transformée physiquement, passant du stade de l’Australopithèque à celui de l’Homo sapiens moderne. Cette transformation paléontologique s’est accompagnée d’une mutation technologique, sociale et psychologique. Elle a duré un temps considérable, débutant il y a plus de 2 millions d’années, époque où l’on situe actuellement la création de l’outil, pour s’achever avec la fin de l’époque glaciaire, 8 000 ou 9 000 ans avant notre ère. Durant cette période, on est passé du stade de la créature pourchassant de petits animaux, armée d’un caillou taillé ou d’un bâton, à l’homme qui vit en groupe organisé dans les grottes et les abris de façon permanente, pratiquant pêche et cueillette, avec des procédés perfectionnés, parfois ensevelissant ses morts, et, dans la région franco-cantabrique, ornant les parois des lieux qu’il habite ou fréquente (art pariétal ou rupestre) et les armes et outils qu’il utilise (art mobilier). Cette transformation, sur une durée équivalant à 98 p. 100 de la vie de l’humanité, est l’événement marquant du Paléolithique.

À partir de la première moitié du XIXe siècle s’est imposée la notion de l’hominisation paléontologique et préhistorique, à la fois grâce aux travaux de J. Boucher de Perthes qui établit, par ses découvertes dans la vallée de la Somme, la contemporanéité de l’homme avec les espèces disparues, et par ceux de Darwin qui, dans L’Origine des espèces , montra que la transformation évolutive de l’espèce humaine est un des aspects de l’évolution générale des espèces vivantes. Dès 1836, Thommsen, en classant les objets du musée national des Antiquités à Copenhague, avait distingué les âges de la pierre, du bronze et du fer, en succession chronologique. Les découvertes ultérieures n’ont pas démenti cette classification dans ses grandes lignes. En 1865, J. Lubbock divisa l’âge de la pierre sensu lato en âge de la pierre taillée ou pierre ancienne (Paléolithique) et en âge de la pierre polie ou pierre nouvelle (Néolithique). Dans la seconde moitié du XIXe siècle, géologues et préhistoriens de l’Europe de l’Ouest subdivisèrent le Paléolithique en étages: Paléolithique inférieur, moyen et supérieur.

Cette classification s’appuie sur des critères technologiques, géologiques et socio-économiques. D’une part, l’homme fossile a fabriqué des outils et des armes en taillant des pierres dures, principalement le silex, mais aussi le jaspe, l’obsidienne, le quartz, le quartzite, le grès lustré, les roches éruptives, et même les bois et tufs silicifiés, en utilisant des techniques qui évoluent au cours du temps. D’autre part, l’homme paléolithique a vécu dans un monde profondément différent du monde actuel; il a affronté un environnement constamment affecté par des changements de climat, dont les répercussions ont transformé faune et flore, durant le Pléistocène, première partie du Quaternaire. Enfin, l’homme paléolithique récolte sa nourriture (food-collecting stage ); il n’en est pas le producteur (food-producing stage ) comme le sera son successeur du Néolithique.

La très longue durée des temps paléolithiques pose le problème de l’établissement d’une chronologie. Jusqu’en 1949, seule est utilisée la méthode de chronologie relative. Développement et perfectionnement de la méthode de Boucher de Perthes, elle allie la méthode archéologique et la méthode géologique: mise en corrélation des outils de pierre et d’os et de la faune, d’après leur position stratigraphique dans des niveaux géologiques superposés. Après 1949, lorsque W. Libby met au point la technique de la méthode de datation par le carbone 14, les méthodes de chronologie absolue, physiques et chimiques, transforment la notion de la très grande antiquité de l’homme en en reculant constamment la limite dans le passé.

La méthode archéologique a abandonné la notion du fossile directeur, outil caractéristique d’une période ou d’une fraction de période, pour passer d’abord à la notion d’industrie, ensemble des objets trouvés dans un niveau déterminé, puis à celle de la validité statistique de la fréquence des outils de pierre, seuls objets de conservation totale.

Que l’on adopte l’hypothèse selon laquelle l’homme paléolithique a été dominé par le milieu naturel, ses différentes cultures n’étant que des réponses automatiques et conditionnées aux impératifs de l’environnement, ou que, par le biais des traditions, on interprète ces cultures comme des réponses variées et contrôlées à des nécessités extérieures contraignantes, mais non absolues, l’étude de ce milieu naturel est une exigence particulière pour la connaissance du Paléolithique. Il joue dans le déroulement de ce dernier un rôle exceptionnel, car il a changé plusieurs fois et fortement. Pour les latitudes élevées, les pays tempérés actuels, les changements de l’environnement sont commandés par les alternances des phases glaciaires et interglaciaires: en Europe, les glaciations de Günz, Mindel, Riss et Würm. Pour les latitudes plus basses, en dehors des zones équatoriales, les changements sont déterminés par les alternances de phases pluviales et de phases sèches: en Afrique, on distingue les phases pluviales du Kaguérien, du Kamasien et du Gamblien. L’étude du Paléolithique est donc intimement associée à celle de la géologie du Quaternaire. Le Paléolithique ne coïncide pas exactement avec l’ère quaternaire que les géologues divisent en Pléistocène, période des faunes fossiles, et Holocène, période des faunes actuelles. L’Holocène lui est postérieur (Mésolithique et Néolithique). Le début du Pléistocène (Villafranchien inférieur et moyen) lui serait antérieur, puisque les plus anciennes cultures humaines (couches à Australopithèque d’Oldoway) sont rapportées au Villafranchien supérieur et datées d’environ 2 millions d’années. Mais la détermination du début du Paléolithique pose un problème sans cesse renouvelé, car la date d’apparition des premiers outils est constammant reculée en fonction de découvertes nouvelles.

La durée des temps paléolithiques entraîne la rareté des documents conservés, surtout pour les périodes les plus anciennes. Les objets en matière périssable, notamment en cuir et en bois, ont été détruits, à part quelques exceptions curieusement conservées dans des sites du Paléolithique inférieur: épieu en bois de Clacton-on-Sea (Angleterre), épieux en bois de l’Acheuléen de Torralba (Espagne), objets d’écorce et de bois (peut-être des récipients, des bâtons à fouir et des pointes d’épieux) dans le site acheuléen de Kalambo Falls (Zambie). L’acidité du sol détruit totalement ou partiellement les objets d’os (faune, armes et outils). L’érosion fluviale ou glaciaire, les processus de vidange des grottes peuvent emporter des niveaux archéologiques ou la totalité de sites habités.

Le rapport de l’homme paléolithique au milieu naturel est permanent, mais la relation de cause à effet des changements de ses cultures avec les changements paléoécologiques n’est pas établie.

1. Invention de l’outil. Paléolithique inférieur

L’action de l’homme sur le monde extérieur durant les temps paléolithiques s’est exercée grâce à la création de l’outil et à l’utilisation du feu, grâce à l’organisation sociale. Au départ, il s’agissait de se situer en face du monde naturel en l’utilisant pour assurer subsistance et survivance. Le moyen universel de l’homme primitif, fossile ou actuel, est l’arme ou l’outil de pierre. L’usage du bois s’y est sans doute ajouté, branche puis épieu aménagé, mais la destruction de la matière première empêche d’en avoir une connaissance autre qu’anecdotique.

Les premiers outils sont des galets ou des rognons de silex ou pierre dure, grossièrement façonnés par percussion à la pierre (pebble-tool culture ). Ainsi est réalisé un tranchant d’un seul côté (chopper ) ou des deux côtés (chopping-tool ). Cet outil primitif n’a jamais été abandonné au cours des temps paléolithiques; les aborigènes australiens l’utilisent encore aujourd’hui. Du galet taillé on passe à la forme plus élaborée du biface, objet taillé sur les deux faces, d’abord partiellement, puis complètement.

La percussion à la pierre consiste à frapper le rognon de pierre dure (nucléus) avec un galet pour obtenir des éclats. La percussion au percuteur doux (os, corne, bois de cervidé, bois dur) est inventée au début de l’Acheuléen: les objets obtenus sont plus minces et les enlèvements plus réguliers. Bien plus tard, au Paléolithique supérieur, la retouche par pression est inventée; elle consiste, au lieu de frapper l’objet, à presser sur le bord avec un compresseur d’os, d’ivoire ou de bois, ce qui permet d’obtenir des enlèvements très réguliers. On peut aussi travailler par percussion indirecte, en plaçant un intermédiaire (punch ) entre le percuteur et le nucléus. L’homme peut obtenir avec plus ou moins de succès n’importe quel outil dans n’importe quel matériau. Les fragments détachés sont des éclats, des lames, des lamelles. Les lames, présentes dès l’Acheuléen supérieur, ne se développent vraiment qu’au Paléolithique supérieur.

Culture des galets taillés: rôle de l’Afrique

Le passage à l’humanité, le point de non-retour de l’hominisation ne se définit plus exclusivement par des critères anatomiques (station debout, capacité cérébrale), mais par un critère de comportement: la capacité à fabriquer un outil. L’utilisation de galets bruts ou naturellement brisés a sans doute précédé l’aménagement volontaire du galet, mais il n’en subsiste aucun témoignage, puisque rien ne distingue le galet brut volontairement sélectionné pour être lancé contre un animal du galet qui n’a pas été l’objet de ce choix. Dans l’état actuel des connaissances, que les découvertes modifient rapidement, l’invention de l’outil est attribuée à l’Australopithèque. De petite taille, cet être à marche bipède, qui a des dents omnivores à canines réduites, apparaît il y a environ 1,9 million d’années dans le Villafranchien supérieur d’Oldoway (Tanzanie), mais cette date est reculée jusqu’à 2,5 millions d’années par les découvertes de l’Omo, dans l’Éthiopie du Sud.

En Afrique du Sud, où fut découvert dans les brèches ossifères de grotte le premier exemplaire de l’Australopithèque (enfant de Taungs, Afrique du Sud, 1924), la capacité à fabriquer des outils n’avait pas été établie. Les restes de ce préhominien coexistaient avec ceux de babouins à crâne fracturé ou enfoncé, si bien que le paléontologiste Dart a supposé qu’il avait utilisé pour assommer les babouins des os, des mandibules et des cornes de gazelles, d’antilopes et de porcs d’espèce éteinte trouvés en même temps que lui (osteodontokeratic-culture ). De nouvelles fouilles menées dans une extension de la grotte de Sterkfontein ont fait découvrir des galets fracturés et aussi retaillés en choppers et chopping-tools , des éclats, mais les restes associés à ces premiers outils ne sont pas ceux de l’Australopithèque, mais ceux du Télanthrope, un Pithécanthrope. De plus, le remplissage de la grotte est ici sans doute plus récent. Les Australopithèques habitaient-ils les grottes? Les squelettes d’animaux qu’on y a trouvés ne comportent que des crânes et des os longs: ils étaient peut-être apportés à la grotte, après avoir été dépecés ailleurs. Venaient-ils dans les grottes seulement pour y chercher de l’eau, dans ces pays de savane aride? Des échantillons de brèche de Makapansgat Valley portaient des traces noirâtres, que Dart attribua au feu: il dénomma pour cette raison un Australopithèque Australopithecus prometheus. Mais ces traces, qu’on n’a pas retrouvées sur d’autres échantillons, sont actuellement attribuées aux explosifs utilisés pour faire sauter les brèches.

À partir de 1958, les découvertes de L. et M. Leakey transforment le tableau de la vie de l’Australopithèque. À Oldoway, de petits groupes ont campé sur les rives de lacs ou d’étangs boueux, campements que la montée saisonnière des eaux recouvrait périodiquement; rapidement enterrés, ces lieux d’occupation ont conservé dans de bonnes conditions les ossements fossiles (préhominiens, faune), l’outillage (galets taillés, éclats, outils grossiers) et des pierres brûlées d’origine étrangère, donc apportées. Leakey suppose que ces outils ont servi à briser les os pour en extraire la moelle, à dépecer des antilopes, à tuer des petits mammifères (à cette nourriture s’ajouteraient grenouilles, lézards et tortues). Le problème du créateur de ces outils reste ouvert: à la base d’Oldoway, on trouve l’Australopithèque seul; au-dessus, l’Australopithèque et le Paranthrope, végétarien possédant une visière orbitaire, association identique à celle qu’on trouve dans les brèches d’Afrique du Sud, mais là sans outils; au-dessus, le Paranthrope, avec le Pithécanthrope. Est-ce l’Australopithèque, mangeur de viande, qui a fabriqué les premiers outils, ou le Paranthrope végétarien, ou bien les deux?

Faut-il faire de l’Afrique le lieu d’origine exclusif de l’invention de l’outil, sous sa forme primitive du galet taillé? Peu de sites en ont livré des exemplaires avec une position stratigraphique permettant de leur assigner une date villafranchienne à peu près certaine. En Afrique, outre Oldoway, il existe plusieurs sites: en Éthiopie du Sud, près du lac Rodolphe, le site de l’Omo et Melka-Kontouré; en Algérie, le site d’Aïn-Hanech, avec des boules polyédriques; au Maroc, à Casablanca, des galets taillés et des boules polyédriques; en Afrique du Sud, dans les alluvions du Vaal, des galets taillés. Toutes ces découvertes semblent attester la primauté de l’Afrique dans l’origine de l’hominisation paléontologique et préhistorique.

Cependant, il existe aussi des galets taillés villafranchiens en dehors de ce continent. Au Proche-Orient, le site d’Oubeidya (Israël) a livré des galets taillés et des outils sur éclat, avec les vestiges d’une faune villafranchienne et quelques restes humains, mais aussi des bifaces triédriques: ces outils pourraient être plus tardifs que les découvertes africaines. En France, la grotte du Vallonnet, en Provence, a donné quatre éclats et cinq galets taillés, associés à une faune typique du Villafranchien supérieur (1958). On en rapproche les galets taillés trouvés en plein air dans le Roussillon et en Espagne. En Europe centrale, des galets taillés sont connus en Roumanie, en Pologne; en Allemagne, à Mauer près de Heidelberg, dans le site même de la mandibule pithécanthropienne, d’âge mindélien, découverte en 1907, des galets taillés sont attribués à l’action humaine, mais ils seraient, dans ce cas, plus récents que ceux d’Oldoway. Dans l’Asie du Sud-Est, des outillages à galets taillés ont été trouvés en Inde (Soanien), en Chine (Zhoukoudian ou Chou-k’ou-tien), en Birmanie (Anyathien), mais ils sont de date plus récente: dans cette partie du monde, il y a eu perduration tardive des outillages sur galets.

Plusieurs hypothèses qui situent les origines de l’hominisation en Afrique ont été proposées. J. T. Robinson (1963) suppose que l’évolution favorable des Australopithécinés est due à leur adaptation progressive à un milieu naturel en voie de dessèchement. Ils étaient végétariens au départ, comme les grands singes des forêts humides et comme le Paranthrope, mais la période critique de famine qui marque la fin de la saison sèche les a contraints à consommer des nourritures d’appoint (insectes, reptiles, petits mammifères): ils sont alors passés au stade d’omnivores et de carnivores. Pour fouir le sol aride, à la recherche des racines et des bulbes, comme pour tuer les petits animaux, ils ont utilisé bâtons et cailloux, puis inventé l’outil, du moins les plus doués (sélection naturelle).

Le rôle primordial des changements de l’environnement sur l’évolution humaine est lié, pour Hiernaux (1963) non pas à l’invention technique, comme pour Robinson, mais à la transformation biologique. Les petites bandes dispersées, donc isolées, des Australopithèques, dans un milieu très aride, ont pratiqué l’endogamie, favorisant la dérive génétique; mais l’alternance des saisons humides et sèches déterminant des migrations saisonnières privilégiait au contraire l’échange des gènes. Le milieu naturel d’Afrique orientale aurait ainsi favorisé et accéléré ces phénomènes.

Jamais, d’après ces hypothèses, le déterminisme du milieu sur le développement biologique et culturel humain n’a été aussi puissant et significatif que dans cette période des origines. Mais ces spéculations explicatives ne sont valables qu’autant que l’importance accordée aux cultures primitives africaines par rapport à celles des autres parties du monde correspond à la réalité et n’est pas due à la disparition ailleurs, par destruction naturelle, de documents équivalents.

Industries à bifaces: Europe, Afrique

Contrairement aux cultures à galets taillés villafranchiennes, apparemment confinées à l’Afrique et, actuellement du moins, peu connues ailleurs, les cultures avec ou sans bifaces qui, au Paléolithique inférieur, prennent leur suite, largement répandues en Afrique, sont aussi présentes en Europe et en Asie. Leur développement occupe les glaciations de Mindel et de Riss. Pour la période rissienne à laquelle se rattache la première utilisation du feu par l’homme, ces cultures sont celles des Présapiens et des Prénéanderthaliens.

Le biface est un outil évolué dont la fabrication à partir du galet taillé est connue par des exemplaires de transition à Casablanca et à Oldoway, bed II. À l’exception du talon qui reste couvert de cortex (talon réservé), la retouche est développée autour du galet, puis étendue à toute sa surface inférieure et supérieure et le talon est parfois supprimé. Au biface s’associe le hachereau (cleaver ), qui possède un tranchant et qui est soit biface (Europe), soit sur éclat (Afrique, Espagne, France du Sud-Ouest), ainsi que des outils sur éclat plus ou moins spécialisés.

La succession des industries à bifaces est bien connue dans ses grandes lignes, du moins en Europe de l’Ouest où elle a été établie d’après les coupes effectuées dans la vallée de la Somme et que l’on étudie depuis les origines de la recherche en préhistoire.

Abbevillien

Jusqu’à la découverte du Vallonnet, l’Abbevillien ou Chelléen était la plus vieille industrie d’Europe, trouvée dans la marne blanche de la terrasse alluviale de 45 mètres de la Somme (1880, recherches d’Ault du Mesnil), avec une faune ancienne à Machaerodus , daim, cheval primitif, hippopotame, rhinocéros étrusque, éléphant méridional. Ses bifaces grossiers, à talon réservé, à profil sinueux, fabriqués au percuteur de pierre, seraient l’œuvre de Pithécanthropiens, du type de Mauer, et dateraient de la glaciation de Mindel. En dehors des sites d’Abbeville, cette industrie serait connue avec certitude seulement à Chelles (Seine-et-Marne) et sur les terrasses de la Garonne.

Acheuléen

Après l’Abbevillien, une succession d’industries bien attestées dans la région d’Amiens, notamment à Saint-Acheul (Victor Commont), s’échelonne pendant l’interglaciaire Mindel-Riss, la glaciation de Riss, l’interglaciaire Riss-Würm, pour se terminer au début de la glaciation de Würm, sous la forme du Micoquien (du nom de La Micoque, Dordogne). Le passage de l’Abbevillien à l’Acheuléen est mal connu. Les outillages de l’interglaciaire Mindel-Riss ont été détruits ou remaniés lors des premières solifluxions de la glaciation rissienne. En Europe, la culture acheuléenne a duré jusque vers 80 000 ans avant notre ère, mais en Afrique elle est datée à Kalambo Falls, pour un stade évolué, de 55 000 ans: il y aurait donc un décalage chronologique important entre les deux continents.

En Europe, la séquence classique a été établie dans les terrasses de la Somme (terrasses de 30 m et de 10 m) et dans les lœss (base des lœss rissiens), où elle est trouvée avec une faune dite «chaude» (éléphant antique, Rhinoceros Mercki , cheval, bovidés). L’outillage comporte des bifaces et des outils sur éclat dont certains relèvent de la technique levalloisienne, l’évolution technologique se marquant par des bifaces de plus en plus finement taillés: lancéolés ou en forme de limandes, puis à base globuleuse renflée et pointe finement taillée (Micoquien). Cette industrie est l’œuvre des Présapiens (Swanscombe, Steinheim près de Stuttgart) et des Prénéanderthaliens. Culture d’Europe occidentale, elle abonde en France du Nord (Somme, Seine, Aisne), en Angleterre (Tamise), en Belgique, et se raréfie vers le Centre et l’Est (Allemagne, Pologne). En France du Sud, l’Acheuléen se trouve dans des sites de plein air (Bergeracois, Chalosse), et plus rarement dans des grottes, parfois avec faune froide à la fin du Riss. En Espagne et en France du Sud, l’Acheuléen contient comme en Afrique des hachereaux sur éclat. On peut supposer que l’homme a traversé le détroit de Gibraltar lors d’une baisse du niveau de la mer, durant un épisode glaciaire; les hachereaux seraient le témoignage de ces contacts.

En Afrique, l’Acheuléen existe en Afrique du Nord, en Égypte, au Sahara et en Afrique orientale, dans des sites de plein air, en Afrique du Sud dans les alluvions des fleuves et dans des grottes. Dans les zones à haute pluviosité (Congo, Afrique du Sud-Ouest), il est rare et tardif (Acheuléen supérieur). De même qu’avec l’Europe, des contacts africains sont attestés par la présence de hachereaux sur éclat dans les sites acheuléens de l’Inde. Mais ces hachereaux sur éclat n’existent pas partout en Afrique: ils sont absents en Égypte et en Nubie.

Au Moyen-Orient, l’Acheuléen existe dans les grottes. On le trouve en Arménie, en Turquie, dans les grottes de haute altitude du Caucase. Dans l’Asie du Sud-Est, au-delà de l’Inde, le Padjitanien, culture trouvée à Java, est la seule à contenir des bifaces, associés à de gros rabots et à des pics. On est là pourtant au cœur de la zone des industries sans bifaces, autre lignée des cultures du Paléolithique inférieur dans le monde.

Industries sans bifaces: Chine, Asie du Sud-Est, Europe

Parallèlement aux industries à bifaces se sont développées, pendant la même période, des industries sans bifaces. Elles continuent la vieille tradition de l’Oldowayien: les choppers et les chopping-tools sont accompagnés d’outils sur éclat; les bifaces sont absents. La répartition de ces industries est surprenante puisqu’on ne les trouve pas en Afrique d’où on pourrait cependant supposer qu’elles émergent. Inversement, leur représentation importante dans l’Asie du Sud-Est paraît normale: elles existent en Malaisie, en Birmanie, dans le nord-ouest de l’Inde, avec le Soanien, à galets taillés tout à fait comparables à ceux d’Oldoway.

En Chine, près de Pékin, à Chou-k’ou-tien, se trouve le site du Sinanthrope. Son remplissage, de 50 mètres d’épaisseur, est daté de la glaciation de Mindel et se prolonge jusqu’à l’interglaciaire Mindel-Riss. Sur toute cette épaisseur, il contient, avec des restes de faune (cerf Sika, Rhinoceros Mercki , rhinocéros laineux, éléphant, cheval), des restes de Sinanthropes mâles et femelles et un nombre élevé de crânes, fémurs et mandibules, des cendres et des os brûlés, qui représentent la plus ancienne trace de feu connue. L’outillage est amorphe: il comprend des éclats de quartz à taille bipolaire (taille obtenue en posant un galet sur une enclume et en percutant l’autre extrémité), des choppers et des chopping-tools , des outils sur éclat, racloirs et tranchoirs. Tout au long de l’occupation du site, cet outillage n’évolue pratiquement pas.

Au-delà de l’Asie du Sud-Est, il faut passer directement au Proche-Orient, si la datation très ancienne d’Oubeidya (Israël) n’est pas révisée. En Hongrie, le site de Vértesszöll face="EU Updot" 盧s, dans des couches de tufs et de lœss, est daté d’un interstadiaire mindélien. L’outillage – plus de 3 000 outils et éclats – n’a pas fourni un seul biface: choppers, chopping-tools , racloirs, denticulés sont fabriqués sur galets de très petite dimension. Des os brûlés attestent l’usage du feu. Quelques restes de Pithécanthropiens ont été trouvés. L’extrême limite européenne des industries sans bifaces est l’Angleterre où se trouve le site de Clacton-on-Sea, au nord de la Tamise, en bord de mer, sur une plage que recouvrent les fortes marées. Il a fourni, avec une faune mindélienne forestière, de gros rognons de silex et des outils faits sur éclat: denticulés, encoches clactoniennes, obtenues d’un seul enlèvement, racloirs, et des choppers et chopping-tools réalisés sur rognons de silex et non sur galets (Clactonien).

Très anciennement donc, dès la glaciation de Mindel, le monde habité paraît avoir été le domaine de cultures matérielles distinctes, successivement dues à des Pithécanthropiens qui semblent responsables aussi bien des industries à bifaces que sans bifaces, puis à l’humanité rissienne. Ces différences culturelles ne semblent pas liées à des différences anthropologiques, pas plus qu’à des différences d’environnement. La terre est encore très peu habitée, et les documents anthropologiques sont trop rares, sauf à Chou-k’ou-tien, pour que des hypothèses sérieuses sur les variations de cause à effet soient émises.

Feu et chasse au gros gibier

Avec ou sans industries à bifaces, les humanités primitives ont eu des modes de vie probablement comparables. On suppose que la dimension des communautés au cours de cette très longue période était de l’ordre de celles des Australiens aborigènes, qui constituent actuellement des bandes d’une quarantaine d’individus, appartenant à des tribus de 200 à 800 personnes, ce dernier chiffre étant peut-être trop élevé pour le Paléolithique. En Afrique tropicale, les établissements des Préhominiens sont situés sur des bords de fleuves, de lacs, de rivières, dans des paysages de savane. En France, le climat a sans doute été analogue au climat africain, pendant l’interglaciaire Mindel-Riss et pendant les interstadiaires rissiens, qui furent longs et assez chauds. Les stations sont presque toujours des établissements de plein air, soit des haltes temporaires, quand les dépôts sont de faible épaisseur, soit, quand il s’agit de dépôts plus étendus et plus épais, des installations plus durables dont on ne peut cependant dire si plusieurs groupes occupaient ensemble le même site ou si un même groupe revenait occuper ce site plusieurs fois. Dans le site acheuléen d’Olorgesailie (Kenya), deux faibles dépressions irrégulières creusées dans le sol ont été interprétées comme étant des abris contre le vent, analogues à ceux que se ménagent les Bushmen et les Hottentots actuels.

La plus ancienne occupation des grottes est attestée au Vallonnet, puis à Chou-k’outien, où on trouve trace de feu, alors qu’il n’en existe pas de témoignages en Afrique avant la fin de l’Acheuléen (Cave of Hearths, Afrique du Sud). En Europe, les témoignages de feu remontent à l’Acheuléen: épieu durci au feu de Torralba, silex portant des traces de feu à Clacton-on-Sea et à Vértesszöll face="EU Updot" 盧s, silex rougis et craquelés et fragments de végétaux carbonisés à Swanscombe. Des foyers de divers types et dimensions ont été trouvés dans les niveaux rissiens du Pech-de-l’Azé (Dordogne). On suppose que, avant d’être producteurs de feu, soit en percutant un silex avec un nodule de pyrite de fer, soit en frottant un bois dur sur un bois tendre, les hommes primitifs ont recueilli le feu naturel (incendies, foudre, feu des marais).

Contrairement aux Australopithèques qui s’attaquaient aux jeunes ou aux petits mammifères, les Acheuléens ont tué d’énormes animaux, éléphants et rhinocéros. Cela suppose une organisation, donc un langage de transmission, et la construction de pièges et de fosses, mais on n’en connaît pas de traces. À Torralba, en Espagne, les hommes ont attaqué et tué les animaux qui venaient boire dans le marécage, et ont utilisé les défenses des éléphants comme leviers pour remuer les carcasses.

Il semble que les Pithécanthropiens et leurs successeurs n’ont pas modifié leurs outillages en fonction du milieu où ils évoluaient. Les mêmes bifaces sont attestés aussi bien dans les savanes et les parcs d’Afrique que dans ceux d’Europe. Les mêmes choppers et chopping-tools se trouvent dans l’Asie du Sud-Est et en Angleterre, à Clacton-on-Sea. Les modifications sont intervenues chronologiquement, au cours d’une évolution dont témoignent les industries à bifaces: au début du Mindel-Riss, invention de la taille au percuteur doux; à la fin du Mindel-Riss, invention du débitage levalloisien et diversification progressive des outillages. Pour les industries sans bifaces, il y a peu de modifications au cours des temps dans le sud-est de l’Asie, et les outillages y sont restés figés.

2. Spécialisation technique et spiritualisation. Paléolithique moyen

Au cours des deux premiers stades glaciaires du Würm (Würm I et Würm II), l’Europe connaît une spécialisation croissante des outillages avec une différenciation par régions géographiques. Tous appartiennent au stade moustérien du Paléolithique moyen. Les gisements moustériens sont bien plus nombreux que les gisements acheuléens, surtout si l’on pense que la durée du Moustérien (quelques dizaines de milliers d’années, de 80 000 à 35 000 ans avant notre ère) est beaucoup plus courte relativement que celle de l’Acheuléen (des centaines de milliers d’années). L’Afrique, siège des tout premiers débuts de l’hominisation, et où les industries à bifaces s’étaient d’abord bien développées, n’est plus le foyer du développement biologique et culturel; celui-ci se déplace vers les latitudes les plus élevées, les pays actuellement tempérés de l’Eurasie. On s’est demandé ce qui avait déterminé ou facilité ce déplacement vers le nord: est-ce l’extension de l’usage du feu? l’installation dans les grottes, où peut-être les Acheuléens ont vécu plus qu’on ne le pense? On a supposé que steppes et toundra forestières de l’Europe froide pouvaient plus que toute autre formation végétale supporter un parc animal important, si bien que le régime carné des hommes de Neanderthal, largement assuré, leur permettait une expansion géographique et démographique et un développement culturel.

Outillage de l’homme de Neanderthal: les types moustériens

En Eurasie, les industries du Paléolithique moyen sont dues aux hommes de Neanderthal, Néanderthaliens classiques de l’Ouest et Néanderthaliens évolués de l’Est. C’est dans l’Europe de l’Ouest qu’ils sont le mieux connus, parce que les recherches y commencèrent au début du XIXe siècle et qu’elles se sont constamment poursuivies soit dans des sites de plein air, soit dans des grottes et abris. On a appliqué en premier lieu les méthodes d’étude statistique à leurs outillages qui se présentent comme un vaste complexe industriel où cohabitent des groupes culturels distincts. Les mêmes types d’outils sont presque toujours fabriqués: pointes, racloirs de divers types, couteaux à dos, denticulés, encoches, raclettes. Le biface, outil roi de l’Acheuléen, s’y retrouve parfois. Le biface moustérien est grand et triangulaire dans les outillages anciens (Moustérien des plateaux); il est en forme de cœur dans la culture moustérienne où il est régulièrement répandu (Moustérien de tradition acheuléenne).

En France

En France, l’étude statistique des séries moustériennes du Nord et du Sud-Ouest a permis d’isoler dans ce vaste ensemble cinq groupes principaux (F. Bordes): le Moustérien typique sans bifaces, à nombreux racloirs, avec pointes; le Moustérien de tradition acheuléenne, avec bifaces cordiformes, couteaux à dos, racloirs, nombreux outils de type paléolithique supérieur; le Moustérien de type Quina (Charente), à très nombreux racloirs, épais et arqués, latéraux ou transversaux, associés à des pièces bien spécialisées, les tranchoirs et les «limaces»; le Moustérien de type Ferrassie (Dordogne), analogue au précédent, avec une très forte proportion de racloirs, mais qui est de débitage levalloisien, d’où l’aspect mince et allongé de son outillage, contrastant avec l’aspect massif et trapu de celui de la Quina; enfin, le Moustérien à denticulés, où les outils sont rares, sauf les encoches et les denticulés.

F. Bordes a supposé que ces divers assemblages correspondent à des groupes culturels distincts, recevant et transmettant des traditions. En effet, dans un même site de grotte ou d’abri, des industries moustériennes différentes peuvent se succéder et s’interstratifier, sans que les changements techniques enregistrés soient liés aux changements paléoécologiques qu’expriment par ailleurs les transformations des sédiments, des pollens et de la faune (Combe-Grenal, en Dordogne). Il existe des sites contenant dans des niveaux successifs, à caractères paléoécologiques différents, une même culture moustérienne se poursuivant durant une très longue période de temps. Dans l’état actuel des connaissances, une culture moustérienne de même composition technologique peut être trouvée aussi bien dans un site de plein air que dans un site de grotte ou abri, où cependant les tâches effectuées étaient sans doute sensiblement différentes. Enfin, on trouve le même type de Moustérien (Moustérien typique et Moustérien de type Ferrassie) dans les sites de plein air d’Afrique du Nord tout comme dans les grottes et les abris du sud-ouest de la France ou de l’Espagne, alors que les environnements de ces zones, faune et climat, étaient différents. Une interprétation inverse est proposée pour l’explication de ces différentes cultures moustériennes (Binford): elles seraient les diverses réponses techniques à des environnements dissemblables, les changements pouvant s’établir même au niveau saisonnier.

Il est certain que ces cultures moustériennes ne traduisent pas des différences anthropologiques, tout au moins en Europe de l’Ouest pour le Moustérien typique, pour le Moustérien de type Quina et pour le Moustérien de type Ferrassie, les seules cultures moustériennes y ayant livré des restes humains fossiles: la variété anthropologique des Néanderthaliens qui y ont été trouvés ne coïncide pas avec la variété technique et typologique des outillages qui leur sont associés. Quant aux porteurs du Moustérien à denticulés et du Moustérien de tradition acheuléenne, ils sont pour le moment inconnus.

Hors de France

Hors de France, le Moustérien est connu en Angleterre du Sud, en Belgique, en Espagne avec des hachereaux sur éclat, en Italie, en Suisse (Moustérien alpin), dans les grottes élevées, peut-être postes de chasseurs, qui ont livré des esquilles d’os portant des traces dont la signification est discutée (actions naturelles, utilisation?). En Europe centrale, il semble se raréfier; en Allemagne, il possède des pointes foliacées; il existe en Autriche, Hongrie, Slovaquie; il commence à être découvert en Grèce.

Sur les rives asiatiques et africaines de la Méditerranée, le stade moustérien ne présente pas de différences fondamentales avec celui de l’Europe. L’Afrique du Nord a des gisements moustériens de plein air, appartenant sans doute au Moustérien typique, auquel succède une industrie typiquement nord-africaine, l’Atérien, de typologie moustérienne, caractérisée par des pointes et des racloirs de débitage levalloisien, mais aussi par des outils plus récents, grattoirs et burins, et surtout des pointes pédonculées, les pointes atériennes. Cet épigone africain du Moustérien est tardif et appartient au Paléolithique supérieur.

Au sud du Sahara, par contre, les industries du Middle Stone Age sont moustéroïdes, typologiquement voisines des industries moustériennes, mais chronologiquement contemporaines, en partie au moins, du Paléolithique supérieur de l’Europe. Dans le climat humide du Gamblien, dernier stade pluvial africain, dont le début est contemporain du stade glaciaire du Würm, l’occupation humaine s’étend à des régions jusque-là inhabitées; elle est attestée par des outils lourds de déforestage ou de défrichement, expressions d’activités de bûcheronnage, tels les pics et les gros rabots du Sangoen (baie de Sango en Ouganda); puis, au Lupembien, l’homme colonise pour la première fois la forêt africaine, vers 40 000 ans avant notre ère. Il occupe les hautes terres steppiques du Kenya, avec le Fauresmithien, dont témoignent de petits bifaces, des hachereaux et des éclats. Il s’agirait d’adaptation à des environnements différents (K. W. Butzer).

En Asie Mineure, le Moustérien est abondant et relativement proche, typologiquement, du Moustérien européen ou nord-africain. Comportant souvent de nombreux éclats levalloisiens, il est connu dans beaucoup d’abris et de grottes. À Iabroud, en Syrie, le Iabroudien, sorte de faciès oriental du Moustérien de type Quina, se trouve à la base, sur de l’Acheuléen. Il est suivi d’une série de couches moustériennes, comportant parfois des outils de petite taille (Micromoustérien). En Israël, on a trouvé, dans divers gisements, du Moustérien un peu particulier. Dans la grotte de Djebel-Qafzeh, des niveaux moustériens ont révélé la présence d’hommes déjà de type moderne.

Le Moustérien existe aussi en Turquie et en Syrie. En Irak, la grotte de Shanidar a donné plusieurs squelettes néanderthaliens. Dans la partie asiatique de l’ex-U.R.S.S. se trouvent plusieurs gisements, soit au sud du Caucase, soit en Asie centrale (Tešik-Taš). En Chine, il existe des sites d’un Moustérien original (Shuitongkou [Choueit’ong-K’eou], près de la Grande Muraille).

Vie communautaire et cultes

Les groupes moustériens habitent dans des grottes et des abris ou en plein air, sans qu’on puisse établir dans ce dernier cas s’il s’agit de résidences secondaires ou principales. En France, l’occupation des grottes et abris est générale. L’homme y vivait plus casanièrement qu’on ne le supposait. Loin de suivre perpétuellement les rennes dans leurs longues migrations, analogues à celles que parcourent actuellement les troupeaux dans le Grand Nord, les Néanderthaliens étaient surtout sédentaires puisqu’en fait leur gibier ne se déplaçait guère.

Il n’existe pas de repère pour établir le volume démographique de ces groupes moustériens, plus nombreux cependant que les groupes acheuléens. Par l’étude des sutures crâniennes, on peut déterminer l’âge auquel l’individu est mort. Ainsi, H.-V. Vallois a démontré que l’homme moustérien mourait jeune, souvent en bas âge, ce qui est normal pour une population primitive. Avec une pyramide des âges très large vers la base, il faut supposer un groupe social où l’homme de plus de quarante ans est rare. Rien ne permet de savoir si son groupe le considère avec respect comme dépositaire de technique et d’expérience, ou si on s’en débarrasse comme d’une bouche inutile.

Les débats passionnés qui ont marqué les premières découvertes de restes de Néanderthaliens, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, attestent que, sous-jacents aux problèmes strictement scientifiques posés par l’homme fossile, il existe des problèmes d’engagement philosophique. La présence de fragments de colorants minéraux, manganèse et ocre, doucis, appointés, raclés, incisés dans les niveaux moustériens de la France du Sud-Ouest et au Proche-Orient, la découverte de fragments d’ocre rouge ou jaune dans le Moustérien de la grotte de Djebel-Qafzeh (Israël) témoignent, comme le nummulite gravé d’une croix du site de Tata (Hongrie), des préoccupations artistiques des Néanderthaliens, mais elles apparaissent très limitées. De cette époque, on ne connaît aucune peinture sur les parois, et ces colorants étaient sans doute utilisés pour des peintures sur le corps ou sur des peaux d’animaux.

Plus nombreux que dans le Paléolithique inférieur, les restes humains du Paléolithique moyen ont donné lieu à diverses spéculations ethnosociologiques. Isolés, mêlés aux silex taillés et à la faune, ce sont surtout des dents, des mandibules et des fragments de crâne, peut-être parce que ces morceaux se conservent le mieux.

Dans le site de Krapina en Croatie, treize individus ont été retrouvés en petits fragments, parfois calcinés, morceaux de crâne ne se raccordant pas, fémurs et tibias, os riches en moelle, brisés et pilés, parfois brûlés: on y a vu les restes d’un repas d’anthropophages, mais ces hommes auraient pu également être dévorés par des animaux. Le culte des crânes moustériens est contesté par A. Leroi-Gourhan, sauf en ce qui concerne le crâne trouvé au mont Circé en Italie, à la grotte Guattari: posé sur un nid de pierre, il porte un coup à l’orbite droite et présente un élargissement du trou occipital; il est privé de sa mandibule et à proximité se trouve une mandibule qui n’est pas la sienne. À Java, dans le site de Ngandong, sur la rivière Solo, les onze boîtes crâniennes, dont trois privées de face, qui se trouvaient rassemblées dans une cuvette paraissent néanmoins appuyer l’hypothèse de quelque rite des crânes.

On trouve dans les grottes du Moustérien alpin des crânes d’ours placés dans des niches ou dans de grossiers caissons de pierre. Très contestés, ces «rangements» seraient pour les uns intentionnels, et liés à un culte de l’ours, pour les autres le simple résultat des piétinements des ours des cavernes circulant dans des couloirs étroits au milieu des carcasses de leurs prédécesseurs. Mais des tumulus de pierre qui contiennent des squelettes d’ours bruns à la grotte du Regourdou (Dordogne) ont posé à nouveau le problème.

Les sépultures des Néanderthaliens sont connues depuis le début du XXe siècle. Elles sont soit individuelles, comme celle de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze), où l’homme reposait dans une fosse de faible profondeur, les jambes repliées, peut-être pour tenir moins de place, la tête à l’ouest, soit collectives, peut-être familiales, comme celles de La Ferrassie (Dordogne), où plusieurs fosses ont livré homme, femme, enfants et d’autres, des outils et des ossements. Des sites funéraires entouraient ces lieux d’inhumations, fosses d’accompagnement avec outils et restes de faune, à La Ferrassie, où le plus énigmatique est sans doute la fosse avec pierre à cupules, dans laquelle un crâne écrasé, sans mâchoire ni dents, a été enterré en même temps que le corps qui est en position anatomique. L’enfant de Tešik-Taš, en Ouzbekistan, est célèbre par les paires de cornes de chèvre de Sibérie qui encerclaient son squelette. À la grotte de Shanidar dans les monts Zagros, en Irak du Nord, un des Néanderthaliens reposait sur une litière de plantes à fleurs aux couleurs vives: achillée, séneçon à fleurs jaunes, centaurée, liliacée à fleurs bleues, si l’on en juge d’après les pollens et les fragments d’étamines.

3. L’homme moderne. Paléolithique supérieur

En comparaison des centaines de milliers d’années que constitue le passé de l’humanité au Paléolithique inférieur et moyen, les quelques dizaines de milliers d’années que recouvrent les cultures du Paléolithique supérieur paraissent infimes. Cette dernière étape se situe, pour l’Europe, où elle est connue avec le plus de détails, dans la deuxième partie de la dernière glaciation de Würm. Elle débute environ 35 000 ans avant notre ère pour s’achever environ 26 000 ans plus tard avec les temps glaciaires. L’environnement n’est guère différent de ce qu’il était au Paléolithique moyen, du moins en Europe: le climat est encore plus rigoureux.

Cette période d’environ 25 millénaires est marquée par des événements majeurs: une nouvelle technologie et l’élargissement de l’œkoumène, le développement de l’art. Il est tentant de mettre en relation ces innovations ou leur développement avec le nouvel aspect physique de l’homme désormais anthropologiquement sapiens . Mais il est peu certain que ces événements soient autre chose que des coïncidences chronologiques. À l’hypothèse de la révolution du Paléolithique supérieur, d’un homme nouveau, armé d’outils plus complexes, heureux conquérant de territoires jusque-là inconnus de lui, qui porte l’espèce au niveau de la création artistique, se substituent des explications plus nuancées, car certaines découvertes démontrent que ces divers événements étaient en germe dans les périodes antérieures, même les plus reculées.

Une nouvelle technologie

En France

C’est en France que les diverses cultures sont les mieux connues, grâce aux subdivisions établies par H. Breuil de façon détaillée, et que les caractères d’une nouvelle technologie ont été mis en évidence. Presque inconnu jusqu’à cette époque, le travail de l’os, du bois de cervidés et de l’ivoire s’y développe remarquablement: des outils aussi complexes que des sagaies à biseau, des harpons, des redresseurs de flèches et des propulseurs, des aiguilles à chas sont produits, ainsi que d’étonnantes œuvres d’art. L’usage de la lame ne fait pas, comme on l’a cru, l’originalité exclusive du Paléolithique supérieur dans le domaine de l’outillage lithique. C’est en fait l’invention de types d’outils sans cesse renouvelés qui individualise véritablement cette période. Les burins, les grattoirs et les perçoirs, déjà présents en faible proportion au Paléolithique moyen et même ancien, sont désormais utilisés sous des formes extrêmement variées; les outils doubles et les outils composites qui associent des types d’outils différents sur une même pièce se multiplient. Bien que les proportions numériques de ces divers types varient fortement d’une culture à l’autre, ce fonds commun donne au Paléolithique supérieur une réelle unité typologique. Mais des outils nouveaux propres à une seule industrie sont constamment inventés. La classification des industries a été établie en France sur des bases stratigraphiques plus fermes que nulle part ailleurs en Europe, et l’évolution des industries françaises a servi de référence pour la classification des industries dans les autres pays d’Europe.

Le début du Paléolithique supérieur est occupé par le cycle des industries aurignaco-périgordiennes. H. Breuil y voyait le déroulement linéaire d’une seule culture, l’Aurignacien, qu’il subdivisait en niveaux à pointes de Châtelperron dans l’Allier (pointes de silex à dos courbe); puis en niveaux à pointes en os à base fendue; enfin en niveaux à pointes de La Gravette en Dordogne (pointes de silex élancées à dos rectiligne). D. Peyrony a distingué dans cet ensemble les niveaux à pointes de silex à dos abattu, et l’Aurignacien sensu stricto , les niveaux à pointes en os.

Dans son stade ancien, le Périgordien a un outillage de facture médiocre, encore chargé de types moustériens, mais, dans son stade évolué, il se distingue par l’excellence de son débitage, l’abondance des burins souvent multiples, l’invention de nombreux outils spéciaux (pièces tronquées, petits burins multiples, pointes à soie), et par l’apparition des lamelles à dos. Son outillage en os est peu varié et peu abondant.

L’Aurignacien (site d’Aurignac dans la Haute-Garonne) se caractérise par son bel outillage en os et par un outillage lithique qui comprend des pièces à fortes retouches écailleuses, des grattoirs épais, carénés et à museau, des burins busqués et des lamelles à retouches semi-abruptes.

Partout, les industries du Périgordien et de l’Aurignacien sont totalement indépendantes l’une de l’autre et ne montrent dans leur composition aucune trace d’influence réciproque, bien que les séquences stratigraphiques démontrent qu’elles ont évolué parallèlement et se sont interstratifiées.

Le Solutréen (site de Solutré en Saône-et-Loire) est caractérisé par l’usage de la retouche plate, à bords parallèles, aussi bien sur les outils communs que sur les pièces typiques, les pointes à face plane, les feuilles de laurier, les feuilles de saule et les pointes à cran. Son outillage en os est médiocre et assez peu varié.

L’outillage en os est au Magdalénien (site de La Madeleine, Dordogne) particulièrement abondant et très élaboré, les sagaies distinguant les niveaux inférieurs et les harpons les stades supérieurs. L’outillage lithique se caractérise par sa composition statistique très homogène, avec, dans les stades les plus anciens, des raclettes, petits outils à retouches abruptes, et des triangles sur lamelles, et, dans le stade final, des burins en bec de perroquet, des pointes à cran, des pièces foliacées et, parfois, des microlithes géométriques qui seront développés ultérieurement au Mésolithique. Les œuvres d’art abondent.

Avec l’Azilien (grotte du Mas-d’Azil, Ariège) s’achève le Paléolithique supérieur: l’outillage lithique est appauvri; il comprend de petites pointes à dos courbe et de petits grattoirs, accompagnés de harpons plats en bois de cerf et parfois aussi de galets gravés de signes géométriques ou peints en rouge et noir.

Hors de France

Par rapport à la France, les lacunes archéologiques sont importantes dans l’Europe de l’Ouest: le Périgordien inférieur est rare et limité aux régions situées au sud de la Loire; il s’étend peu au-delà des Pyrénées, quoiqu’il y en ait quelques traces en Catalogne et que son existence soit révélée dans la région de Santander; le Solutréen est absent sous sa forme classique, en dehors de la région franco-cantabrique; les fouilles n’ont rien livré entre l’Aurignacien et le Magdalénien en Belgique, en Angleterre et en Allemagne, alors que les sites de l’ex-Tchécoslovaquie et ceux de l’Autriche révèlent le développement d’industries voisines du Périgordien de l’Ouest. Cependant, la Russie est très riche en Paléolithique supérieur, en particulier dans la région de Kostenki-Bor face="EU Caron" カevo sur le Don, où se trouvent des industries originales.

Il n’existe pas de ressemblances rigoureuses entre les industries de la fin du Paléolithique en Asie et en Afrique et celles de l’Europe. En Asie, le Paléolithique supérieur évolue différemment selon les régions. Ainsi, en Asie Mineure, au Liban, en Syrie et en Israël se développe une forme orientale de l’Aurignacien, que précèdent des industries encore mal connues que les fouilles de Ksar-Akil (Liban) vont permettre de caractériser. Cet Aurignacien est suivi d’industries qui en sont peut-être une dérivation et qui se transforment au Natoufien, rattaché au Mésolithique. Le Paléolithique supérieur commence juste à être reconnu en Iran, en Afghanistan et dans l’Inde péninsulaire. En Sibérie, le Paléolithique supérieur contient des formes moustériennes associées à des outils plus évolués. En Chine, il est connu dans les régions lœssiques et aussi dans la grotte supérieure de Chou-k’ou-tien.

L’existence du Paléolithique au Japon n’a été reconnue que vers 1945: il s’agit de Paléolithique peut-être ancien ou moyen et de Paléolithique supérieur. À Bornéo, la grotte de Niah a livré une industrie qui se rapproche du Soanien supérieur de l’Inde, mais qui est d’âge paléolithique supérieur. En Australie, des recherches ont amené la découverte de documents qui remontent à plus de 20 000 ans, époque où le polissage de la pierre pour fabriquer des haches est déjà attesté.

En Afrique du Nord, des recherches en Égypte ont amené la découverte, à côté du Sébilien, industrie dérivée du Paléolithique moyen, d’industries qui ressemblent au Paléolithique supérieur européen, le Silsilien et le Sbékien, qui datent d’environ 12 000 à 13 000 ans avant notre ère. En Cyrénaïque, le Dabbien remonterait à plus de 30 000 ans (C. B. Mac Burney), mais cette date n’est pas unanimement acceptée. Au Maghreb, faisant probablement suite à l’Atérien, se place l’Ibéro-Maurusien à nombreuses lamelles à dos, puis le Capsien typique que sa ressemblance typologique avec le Périgordien d’Europe avait fait autrefois dater trop anciennement. Au sud du Sahara, le problème est complexe et des industries d’âge paléolithique supérieur semblent dériver directement du Paléolithique moyen (Stillbayen en Afrique du Sud), pour passer ensuite à des industries microlithiques.

Le peuplement de l’Amérique est peut-être plus ancien qu’on ne l’a longtemps cru: des dates de 20 000 à 30 000 ans ont été obtenues pour diverses trouvailles et des dates plus anciennes seraient peut-être possibles. Le peuplement de l’Amérique a dû s’effectuer par la traversée du détroit de Béring et s’est peut-être produit en plusieurs étapes. L’homme était parvenu à l’extrême pointe de l’Amérique du Sud au moins 8 000 ans avant notre ère. Le Paléolithique supérieur classique commencerait vers 10 000 ou 11 000 avant notre ère avec l’industrie de Clovis (Nouveau-Mexique), à pointes de projectiles cannelées, suivie de l’industrie de Folsom (Nouveau-Mexique), avec également des pointes de projectiles cannelées, très finement retouchées par pression. En Amérique centrale et en Amérique du Sud, des industries de type paléolithique supérieur comportent curieusement des types d’outil analogues à certains types de l’Ancien Monde: il s’agit de convergence.

Le développement de l’art

Après les débuts de l’art attestés par quelques signes gravés et l’usage de la couleur au Paléolithique moyen, la dernière période du Paléolithique, le Paléolithique supérieur, connaît un vaste développement artistique; du point de vue géographique, ce développement est limité à l’Europe, qu’il s’agisse de figurations mobilières, c’est-à-dire d’objets de petites dimensions gravés, peints ou sculptés, ou de figurations pariétales, disposées sur les parois des abris de plein air ou des grottes plus ou moins profondes. À l’abbé Breuil (1877-1961) revient le mérite d’avoir exploré tous les aspects de l’art paléolithique: techniques de relevé, attribution chronologique, interprétation et signification. Les travaux de A. Leroi-Gourhan ont renouvelé l’approche de ces problèmes.

La répartition de l’art mobilier ne coïncide pas avec celle de l’art pariétal ou rupestre, qui est confiné, à quelques exceptions près, dans la région franco-cantabrique, entre la Loire, la rive gauche du Rhône et les Pyrénées cantabriques; même si l’on a découvert à Kapova (Oural) une grotte où sont peints des mammouths, il n’existe aucun relais attesté entre ce point et la zone franco-cantabrique. En revanche, l’art mobilier est connu de l’Espagne jusqu’à l’Ukraine, avec même une extension en Sibérie dans la région du lac Baïkal, en particulier à Malta.

P. Ucko et A. Rosenfeld, en 1967, ont exposé et discuté toutes les interprétations auxquelles a donné lieu la signification de l’art paléolithique. À la théorie classique de l’art magique compris comme un procédé utilitaire de mainmise sur le gibier, qu’appuient les figurations d’animaux fléchés et peut-être pris dans des pièges, A. Laming et A. Leroi-Gourhan ont opposé une nouvelle interprétation; elle a été établie sur la topographie des figurations pariétales, tant les unes par rapport aux autres sur les parois que d’après leur position à l’intérieur de la grotte ornée qui est comprise comme un sanctuaire systématiquement aménagé. Des méthodes statistiques ont permis d’étudier la fréquence des catégories représentées, animaux, anthropomorphes et signes énigmatiques, ainsi que leurs groupements préférentiels, leurs superpositions et leurs associations. A. Leroi-Gourhan a supposé que la totalité de l’art paléolithique exprimait une mythologie et une cosmologie fondées sur la conscience de la nature opposée et complémentaire des deux sexes, mais P. Ucko et A. Rosenfeld ont fait valoir que la variété et la richesse de l’art paléolithique ne pouvaient donner lieu à une explication unique, qu’il s’agisse des interprétations classiques ou récentes. Probablement s’y mêlent les procédés magiques de capture du gibier et de fécondité, et peut-être une notion du monde fondée sur les deux types mâle et femelle.

Pêche, chasse et cueillette

Comme leurs prédécesseurs, les hommes du Paléolithique supérieur vivent de chasse et de pêche, sans doute aussi de cueillette, peut-être avec une exploitation plus importante des rivières, car les sites livrent à la fois d’abondantes vertèbres de poissons et de nouveaux objets en os (hameçons), faciles à interpréter par référence aux peuples pêcheurs actuels (les Esquimaux par exemple) et du Magdalénien (harpons et foënes). À la même époque abondent les représentations de poissons, non seulement figuratives comme la truite gravée sur le sol de la caverne de Niaux (Ariège) et les nombreux petits objets gravés, sculptés ou découpés des sites du Périgord et des Pyrénées, mais aussi schématiques et stylisées comme les gravures qui se multiplient sur les armes et les outils à la fin du Magdalénien.

À ce genre de vie de chasseurs-pêcheurs, on a supposé que les Magdaléniens avaient ajouté au moins des tentatives de domestication animale. E. Piette attribuait aux chevêtre, licol, courroies et harnachement les traits qui surchargent la tête et le cou de nombreuses figurations animales. La «querelle du chevêtre» a animé les discussions au début du XXe siècle: pour R. de Saint-Perier, il s’agit seulement de la figuration ornementale de détails du pelage, de la musculature et de l’ossature de l’animal vivant; pour H. Breuil, de traits adventices, stylisation secondaire, signal de la dégénérescence qui frappe le décor au déclin du Magdalénien; selon L. Pales, ces traits, gravés postérieurement aux contours de la tête dans certains cas, peuvent représenter le début des relations de l’homme avec l’animal sans qu’il s’agisse encore de domestication proprement dite (capture occasionnelle).

Il est probable que l’homme a occupé les grottes et abris plus longtemps qu’on ne le croyait au début du XXe siècle. Il a aussi vécu en plein air, de façon plus ou moins permanente, dans des demeures construites, ou bien creusées dans les plaines de lœss de l’Europe centrale et orientale et consolidées avec les grands ossements de mammouth pour se protéger contre le froid et le vent. Les foyers construits ou creusés sont souvent délimités par des galets de rivière, peut-être pour restituer la chaleur qu’ils ont emmagasinée ou pour chauffer des liquides enfermés dans des récipients de cuir ou de pierre comme le font les Esquimaux. L’homme possède désormais l’aiguille à chas attestée à la fin du Solutréen et la lampe de pierre, trouvée parfois en abondance dans les couloirs des grottes ornées. D’après H.-V. Vallois, la vie est remarquablement brève, les femmes meurent plus tôt que les hommes, et les vieillards, peu nombreux, ne dépassent pratiquement pas l’âge de soixante ans.

Dès le stade le plus ancien de l’Aurignacien, il existe des os et bois présentant des lignes d’incision répétées, de dimensions, profondeurs, écartements et dispositions générales variables, et on trouve des objets de ce genre tout au long du Paléolithique supérieur et surtout au Solutréen et au Magdalénien. On les désigne sous le terme de «marques de chasse», mais, s’il s’agit bien d’un procédé mnémotechnique de dénombrement, on est dans l’incapacité de déterminer ce qui était ainsi dénombré: le gibier, les ennemis ou, si l’on retient une autre hypothèse, les jours avec lune et sans lune dans le laps d’une lunaison. Il existe au Magdalénien supérieur des représentations rares de petites scènes qui sont peut-être un langage pictographique. Quant aux galets coloriés de l’Azilien, ils ont même été interprétés par E. Piette comme les éléments d’une écriture.

paléolithique [ paleɔlitik ] adj. et n. m.
• 1866; angl. paleolithic (1865); de paléo- et gr. lithos « pierre »
Relatif à l'âge de la pierre taillée. N. m. Le paléolithique : première période de l'ère quaternaire (pléistocène), où apparurent les premières civilisations humaines avec des outils de pierre taillée.

paléolithique nom masculin Période la plus ancienne des temps préhistoriques, située en majeure partie à l'âge des glaciations, et caractérisée par l'invention et le développement de l'industrie lithique ainsi que par une économie de prédation. ● paléolithique adjectif Relatif au paléolithique.

paléolithique
adj. et n. m. Relatif à l'âge de la pierre taillée.
|| n. m. Le paléolithique: la période archéologique couvrant la majeure partie du quaternaire (selon les continents, de 1,8 million d'années à 18 000 ans av. notre ère), au cours de laquelle les premières industries humaines (pierre taillée) firent leur apparition.

⇒PALÉOLITHIQUE, adj. et subst.
PRÉHISTOIRE
I. Subst. masc. Époque commençant au début de l'ère quaternaire et couvrant une très grande partie de cette ère, caractérisée par l'usage de la pierre taillée dans les sociétés humaines et se divisant en trois grandes périodes: le paléolithique inférieur ou ancien, le paléolithique moyen, le paléolithique supérieur ou récent. La première race, celle de Néanderthal, vivait au paléolithique inférieur et s'est éteinte avec lui (S. BLANC, Init. préhist., 1932, p.15). Les débuts de la domestication [du chien] sont à rechercher à une époque quelque peu antérieure, dans la seconde moitié du paléolithique (LOWIE, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p.53):
♦ Dans une conférence donnée à la «Maison des Sciences» à Paris, M. André Leroi-Gourhan nous montre comment dans une période qui s'est située entre cinq cent mille et quarante mille ans avant notre ère, le biface, gros caillou taillé, utilisé par l'homme du paléolithique ancien comme un couteau, a été progressivement remplacé par des éclats triangulaires, outils tranchants de l'homme de Néanderthal, au paléolithique moyen.
Encyclop éduc., 1960, p.239.
Empl. adj. Âge paléolithique. [Les silex taillés] caractérisent ce degré inférieur de civilisation qu'on a appelé l'âge de pierre, ou du moins sa première partie, l'époque paléolithique (LAPPARENT, Abr. géol., 1886, p.376). C'est la découverte réitérée de squelettes placés dans une attitude définie qui a fait conclure à l'existence de l'inhumation volontaire et des cérémonies qui l'accompagnent au cours des temps paléolithiques (Hist. sc., 1957, p.1542).
II.Adj. Qui appartient à l'époque de la pierre taillée. Art, industrie paléolithique; espèce paléolithique. L'année suivante, Brouillet père découvrait, dans la grotte du Chaffaud (Vienne), la première gravure paléolithique sur os (Hist. sc., 1957, p.1473).
III.Adj. et subst. (Celui, celle) qui vivait à l'époque de la pierre taillée. Le chasseur paléolithique, les premiers cultivateurs néolithiques ont ouvert des brèches et créé aussi des associations dans le monde des animaux et des plantes (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p.8). Il est probable que c'est un groupe complexe [les peuples méditerranéens] formé par des survivants de peuples paléolithiques supérieurs et mésolithiques et peut-être d'autres dolichocéphales (HADDON, Races hum., trad. par A. Van Gennep, 1930, p.45). Mettant à profit la malléabilité du limon humide qui revêt la grotte, le paléolithique y laisse errer l'extrémité de ses doigts (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p.107).
REM. Paléolithe, subst. masc., préhist. Outil, arme de pierre taillée fabriqué par les hommes du paléolithique. Les groupes les plus anciens d'instruments de cette sorte sont ceux qu'on dit «type de Stellenbosch»; on en a attribué la fabrication à la race de Boskop. Les paléolithes des vallées de l'Orange et du Vaal sont probablement plus récents quoique très anciens (HADDON, Races hum., trad. par A. Van Gennep, 1930, p.98).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. 1935. Étymol. et Hist. 1866 adj. (LUBBOCK, L'Homme avant l'histoire [trad. de l'angl. par Ed. Barbier] 61 ds Fonds BARBIER: époque paléolithique); 1882 subst. masc. (G. DE MORTILLET, Le Préhistorique, Paris, 1883, p.22). Empr. à l'angl. palaeolithic (1865, LUBBOCK, Pre-historic times, 2 ds Fonds BARBIER), comp. de palaeo- (fr. paléo-) et -lithic (fr. -lithe, -ique). Fréq. abs. littér.:16.

paléolithique [paleɔlitik] adj. et n. m.
ÉTYM. 1866; angl. paleolithic, créé par Lubbock en 1865; de paléo-, et -lithic, → -lithique.
Didact. Relatif à l'âge de la pierre taillée.N. m. || Le paléolithique : la première période de l'ère quaternaire (pléistocène), qui vit l'apparition et le développement des premières civilisations humaines, caractérisées par des outils de pierre taillée. || Paléolithique ancien ou inférieur : chelléen, acheuléen. || Paléolithique moyen : moustérien. || Paléolithique récent ou supérieur (« âge du renne ») : aurignacien (Aurignac, Haute-Garonne), magdalénien (La Madeleine).
1 La durée du Paléolithique ancien est énorme, trois ou quatre cent mille ans dans les estimations les moins généreuses. Pendant cette très longue durée les industries évoluent à un rythme si lent qu'elles ne cessent, depuis l'Abbevillien jusqu'à l'Acheuléen final, de conserver le même stéréotype, enrichi seulement de quelques formes et amélioré dans la finesse de son exécution.
A. Leroi-Gourhan, le Geste et la Parole, t. I, p. 139.
Adj. De l'époque ainsi définie. || Industrie paléolithique. || Études paléolithiques.
2 Découvert à la fin du XIXe siècle, l'art paléolithique a frappé d'abord par l'extraordinaire exactitude anatomique des animaux, exactitude réelle à partir du Magdalénien moyen, mais auparavant aussi relative que celle de l'art assyrien par exemple. Ce qui a le plus échappé, c'est qu'il s'agissait d'assemblages symboliques à éléments juxtaposés; que les éléments figurés, les animaux comme les êtres humains, étaient faits de l'assemblage d'éléments anatomiques caractéristiques dont l'intégration complète a exigé des millénaires de polissage inconscient et de menues trouvailles individuelles. Les obstacles techniques ont été dominés très tôt et, au contraire, la syntaxe figurative est restée sur un plan qui correspondait au niveau du capital intellectuel général.
A. Leroi-Gourhan, le Geste et la Parole, t. I, p. 139.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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